Installation sur le monde de l'entreprise 2018, des suites d'une résidence dans les anciens locaux de la RATP. 22 morceaux de tissus 1m par 1m, photographie  d'une sculpture de bureau 165 x 112 cm, Ready made de carte de visite en monochrome.

Le bureau, Photographie à la chambre,  165 x 122 cm, 2018

Quand on regarde cette large photographie posée au sol, il nous semble reconnaître un meuble. C'est sans doute un bureau. On imagine le toucher lisse du panneau mélaminé, la matité froide du métal gris-bleu et la moquette chinée, drue. Quelques touches de couleurs – des porte-clefs – et des tiroirs qui dessinent des rectangles. On s’interroge sur ces formes curieuses, à la fois courbes et droites, qui évoquent un univers de photocopieuses, de ramettes de papier A4, de stylo BIC et de machines à café. Le bureau, devenu sculpture puis photographie, a été désassemblé et réarrangé mais rendu inutilisable. On se demande si l’artiste a mal lu les instructions pour le monter ou si elle a fait des siennes, comme on dit. Une magie opère pourtant : le meuble initial est toujours là, on le reconnait dans cet arrangement incongru, entre ready made et poème surréaliste.

 

On retrouve cet attrait pour l’attirail de la vie de bureau dans cette collection de cartes de visite, là encore réagencées de manière à oublier leur destination première : elles sont devenues de petits morceaux de papier colorés, de simples monochromes. À chaque fois, Mélanie se réapproprie un lieu, un imaginaire et un objet.

 

Au-delà de ce jeu sur les objets et leur usage, Mélanie s'intéresse au travail : travail quotidien, alimentaire ou non, travail de l'artiste surtout. La vie de bureau télescope ici la vie d'artiste comme deux modes qui s'interrogent l'un l'autre. Elle parle aussi d'elle-même. Elle accumule les expériences professionnelles comme une collection de vies antérieures et toujours elle s'y plonge et s'en inspire. 

C'est ce qu'on devine quand on voit ces morceaux de tissus colorés qui sont autant de métiers qu'elle a exercés. Ils sont comme des secondes peaux jetés derrière soi, les costumes d'une performance toujours réitérée dans un autre contexte où il faut presque être quelqu'un d'autre.

 

C'est finalement de cela que Mélanie parle : être artiste, en tout temps, partout, comme un caméléon. L'imaginaire et la transfiguration sont toujours déjà présents dans la pratique, le travail et dans la vie. L'artiste est disponible, présent et se déplace d'un lieu à un un autre, d'une tâche à l'autre. C'est elle, finalement, le ready made.

Hugo Fortin